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RENCONTRE AVEC SUZY RONEL "GRIOTE" GUADELOUPEENNE
(propos recueillis par Géraldine Blamèble et Laurent Simplice pour le journal de la NAME :l'Ouverture )
Juste avant son départ pour la Guadeloupe, Suzy Ronel nous a consacré un entretient. Elle nous a raconté, comment, à partir d'un désir de liberté, elle renonça à sa carrière d'éducateur spécialisé, pour devenir conteuse et renouer avec la culture guadeloupéenne.
SUZY RONEL : Dans mon métier d'éducatrice, j'ai travaillé dans l'Est de la France avec des jeunes de quartiers défavorisés. On a fait de l'expression théâtrale et petit à petit, on est parti sur des histoires de vie, des événements que les jeunes observaient pour aboutir à des histoires plus élaborés et plus universelles. Après je suis venue à Paris parce que je voulais travailler avec de jeunes antillais.
J'ai connu le conte quand j'étais petite. Quand j'ai eu mon fils, je lui ai raconté des histoires, je suis passée petit à petit des histoires lues aux histoires dites. Dans ce même mouvement, je racontais aussi à mes neveux
Je me suis dit que raconter des histoires qui étaient des contes de notre vie à nous , ça intéressait les enfants
de ma famille et que d'une certaine façon ça les formaient. J'ai pensé que c'était possible de le faire en éducation spécialisée. Cela ne s'est pas fait comme je le voulais parce que les directeurs que j'ai eu n'étaient pas pour ce genre de mouvement. Il a fallut que je fasse un choix, j'ai choisi d'aller raconter.
L'OUVERTURE : Le conte ne serait-il pas un moyen thérapeutique d'aborder les enfants et les adolescents en grande difficultés ou en échec scolaire ?
S.R. : Oui c'est ce que je pense. Le problème c'est qu'il y a très peu de structures et d'associations privées ou publiques qui soient prêtes à payer un éducateur pour ce genre de travail.
L'O. : Qu'en est-il du conte aux Antilles-Guyane ?
S.R. : Actuellement, je ne sais pas. Je suppose que ça va faire son chemin. Ici, c'est tout petit encore. Une institutrice me décrivait toutes les difficultés qu'ils avaient pour instituer cela dans les zones prioritaires d'éducation. Ce n'est pas qu'on ne veut pas le faire, mais là, on demande à l'instituteur de le faire et ce n'est pas son travail, il n'est pas former pour ça. Les budgets ne suivent pas non plus.
L'O. : Un éducateur doit-il se conformer obligatoirement à des programmes précis ?
S.R. : Je pense. Après avoir travailler dix-huit ans dans l'éducation spécialisée et dans différentes structures, effectivement un éducateur dépend du système institutionnel. Je pense qu'un conteur a plus de libertés. Il peut proposer son projet, si la structure l'accepte, il passe un contrat. Il travaillera pour la structure et ne sera pas inclus dans un système.
L'O. : Existe t'il une formation particulière pour devenir conteur ?
S.R. : Moi je n'ai pas suivi une formation où il y aurait une année, deux années et on sort avec un diplôme de conteur. Ça n'existe pas, et j'espère que ça n'existera pas. J'ai fait du théâtre et de nombreux stages. Je me forme tout le temps. Il y a très peu de temps, je n'aurais osé chanter. De temps en temps, je chante non pas en tant que chanteuse mais juste pour souligner, pour mettre quelque chose de particulier et parce que le conte antillais introduit cette part de chant. Donc je fais de nombreux stages pas forcément des stages-conte. Ce sont des stages divers qui me nourrissent pour être conteuse. Et puis, il faut dire que j'ai quand même été élevée dans cette culture où j'entendais et je voyais raconter. Les gens racontaient lors des veillées, mon père racontait certains soirs . C'est comme–ci c'était resté là, un jour ça ressort et après on acquiert petit à petit une espèce de technique.
L'.O : Quelle est la place du tambour dans le conte antillais ?
S.R : Moi je travaille avec un guitariste mais au tout début j'ai travaillé avec une jeune femme qui s'initiait au tambour et tout ce qui était percussion. On apportait quelque chose d'autre en arrivant avec la musique. L'instrument dit quelque chose qui est en rapport avec le conte et ne l'illustre pas.
Il faut redonner au tambour sa vraie place, le tambour est là pour faire passer un message et non pour faire joli.
L'O : Que pensez-vous des contes africains et avez-vous fait des voyages en Afrique ?
S.R : J'ai fait un voyage en Afrique en 1982 au Burkina Faso. De l'Afrique, quand j'ai débuté je me suis inspiré d'histoire de l'Afrique de l'Ouest parce que je n'avait pas tellement souvenir des histoires antillaises. Je pensais que je pouvais en parler même si je n'avait pas une image d'Afrique, mais je pense que je me sentais plus proche de ces histoires que des contes de Grimm. En travaillant sur le mythe de Bob Marley, j'ai du aussi retourner vers l'Afrique, j'ai été obligé de la questionner
Je me suis tourné vers des contes autour de la cosmogonie. Je pense que c'est intéressant ne serait - ce qu'intellectuellement de voir la façon d'évoluer des dieux , tout ce qui est animiste parce que pour moi, il y a quelque chose chez nous très proche de tout cela
L'O : A quand un recueil de contes de Suzy RONEL ?
S.R : Je ne sais pas, je souhaite pouvoir faire cela un jour. Ce que je sais c'est que je serais pendant une vingtaine de jours aux Antilles et que je vais faire en sorte de pouvoir contacter des gens qui détiennent des contes antillais. Cela fait partie de mes projets parce qu'il ne faut pas perdre tous ces éléments de notre culture. Je me rends compte que les gens ici n'ont pas beaucoup connaissance des contes antillais. Ce qui m'a déprimé une fois c'est de voir d'autres recueillir des contes et nous les redonner mal. Dans " La pli bel' en ba la bay " celui qui vient sauver " la pli bel' " c'est un genre de blanc. Celui qui a fait le recueil et qui a travaillé autour de ça c'est quelqu'un d'ici. quelle est sa façon de penser, j'en sais rien. Il a du redonner les choses tel quel. On doit le droit de modifier ces images en fonction de l'époque dans laquelle on vit et lui ne pouvais pas le savoir en sachant quel mal ça a pu nous faire. Je crois qu'il faut qu'on s'empare de ces choses de notre culture parce que d'autres s'en empareront et feront n'importe quoi. Il ne faut plus continuer à véhiculer l'image d'un blanc qui vient sauver une pauvre malheureuse en Guadeloupe ou aux Antilles. Si le béké revient souvent dans le conte antillais c'est parce que c'était la société de l'esclavage. On est en 1999, notre travail à nous, ce n'est peut-être pas d'inventer des contes mais de les remanier, les réactualiser.
PANORAMIQUE
Messieurs et Dames, l'etik c'est véridique.
J'ai traversé l'Atlantique sans peur, ni mimiques.
Mais avec forces tiques et moustiques.
Ils m'ont fait une petite musique romantique,
A me rendre névrotique, rachitique et éthique.
J'ai consulté alors un grand scientifique,
Qui m'a dit sans aucune poétique :
" Votre état est critique. Ce sont des forces diaboliques et maléfiques
Qui vous piquent votre symbolique, votre mystique,
Vos cantiques et vos contes authentiques. "
Ce fut pour moi, comme un déclic !
Et c'est sans répliques que j'ai pris mes claques et mes cliques
Et, je suis partie sur les chemins initiatiques,
A la rencontre des contes typiques
Des tropiques aux pays nordiques
En passant par la Baltique et même l'Adriatique.
Et, s'est ainsi qu'en toute logique mathématique,
Je repique ces reliques épiques et dramatiques
Du mythique, du féerique et du magique
Qui nous font uniques, identiques et mistikrik.
Suzy RONEL
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