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Paroles d'étudiant
AVEC Sylvie G. "Un siècle des lumières mal éclairé..

" Par Sylvie élève en maîtrise de philosophie"
L'esclavage est à son apogée à une époque où l'on célèbre le sacre de la raison et où l'homme devient le centre des préoccupations. Comment se fait-il alors qu'aucun de ceux que l'on qualifie de grands hommes ne s'insurge contre cette situation qui nie totalement l'humanité du Noir ? Pour comprendre une telle attitude, il est nécessaire de revenir sur toute la tradition philosophique, en partant de l'Antiquité. La question de l'esclavage se pose déjà avec Aristote qui se demandait, non pas si l'esclavage était légitime ou pas, mais s'il était naturel ou conventionnel. Avec lui, l'esclavage est considéré comme quelque chose de tout à fait normal, qu'il ne s'agit pas remettre en question1. Baignant dans une telle mentalité, il paraît presque impossible de considérer l'esclavage comme quelque chose d'anormal. C'est ainsi que l'on retrouvera des philosophes comme Voltaire, ou comme Montesquieu qui auront une attitude très controverse face à l'esclavage. Dans leurs écrits, ils tiendront des propos qui, au premier abord, semblent dénoncer cette institution. Il faut pourtant rester prudent car, à bien analyser ces lignes, autant chez Voltaire que Montesquieu qui a pourtant consacré un livre entier2 de L'esprit des lois à l'esclavage, il en ressort que ces soi-disant " dénonciations " étaient en réalité très timides, tellement timides qu'en définitive elles ne
parviendront jamais à faire de celui-ci une institution inhumaine. Elles semblent également douteuses quand on sait que Voltaire a investi une partie de sa fortune dans les bateaux négriers et que Montesquieu envoyait ses vins aux Antilles. Quant à l'économiste Jean-François Melon, il préconisera que l'esclavage soit développé dans les pays européens, considérant que si il a lieu, c'est qu'il n'a rien d'amoral, et ne va pas contre les préceptes de l'Eglise. Et en ce qui concerne cette dernière, chacun sait que les politiques d'évangélisation et de christianisation des Noirs ont servi de prétexte à la colonisation des pays africains et américains3.
Plongés dans une telle atmosphère, les philosophes resteront muets car en réalité, et c'est la seule explication qui éclaire ce silence, ils ne considèrent pas les Noirs comme des hommes.
En effet, toutes les études scientifiques faites depuis la découverte du Noir, visent à expliquer pourquoi celui-ci est noir. On verra poindre diverses théories, toutes aussi originales les unes que les autres : d'une part, on a une explication selon laquelle le Noir serait de la descendance de Cham, fils maudit de Noé, et c'est cette malédiction qui se perpétue de générations en générations (cette théorie a une base biblique)4 ; d'autre part, le Noir ne serait pas de la descendance d'Adam, il n'aurait donc pas la même origine que lui, surtout que tous les hommes qui descendent de lui sont blancs. Le blanc est donc la couleur type à partir de laquelle se lit le monde et surtout se reconnaissent les hommes. Ceux qui ne répondent pas à ces critères ne sont donc pas considérés comme des hommes. Attitude typiquement européocentriste !
D'ailleurs, Montesquieu lui-même se demandera pourquoi Dieu aurait mis un homme dans un corps tout noir5 ! Une autre théorie insinuera que le Noir n'est pas un homme mais une créature à la limite de l'animal ; il ferait la transition entre le singe et l'homme. Voici l'image qu'a le Noir à cette époque où la Raison et la science parviennent à un stade déterminant pour le reste de l'humanité. Le Noir est si peu reconnu qu'il ne sera même pas pris en compte dans ce grand texte du 18ème siècle qu'est la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Ainsi, la seule chose qui expliquera le silence et par là même le laisser-faire des philosophes est le racisme envers les Noirs. La Raison n'empêche donc pas que les préjugés persistent et continuent de perdurer. Une telle attitude et une telle mentalité sont certainement ce qui explique que, en 2000, 68% des Français se déclarent officiellement racistes6. Pourquoi attendre une attitude différente de la société française alors que les maîtres à penser du Siècle des Lumières se vautraient dans de telles considérations ?
Sylvie GELAS
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