HISTOIRE Un noël sanglant
A la MARTINIQUE image d'un des bataillons de crs
" DECEMBRE 1959  " (Texte de Diglomark pour le journal de la NAME :l'Ouverture )





Il y a quarante ans, la Martinique connaît une importante crise économique. Les usines à sucre agonisent et ferment les unes après les autres entraînant un exode rural sans précédent. Les gens délaissent les campagnes pour s'installer dans Fort de France la macrocéphale.

C'est à cette époque que se forment tous les quartiers populaires de Fort de France ( Trénelle, volga ). Mais la capitale doit en même temps faire face à l'arrivée de français d'Afrique du Nord : Les "pieds- noirs" qui fuyaient la guerre d'Algérie. La tension monte et atteint son paroxysme lors d'un banal accident de la circulation qui déclenche une véritable émeute insurrectionnelle durant les trois jours de Noël les plus sanglants de l'histoire de la Martinique. Le banal incident se déroule sur la place de la savane en face de l'hôtel l'impératrice à Fort de France. Cette altercation entre un automobiliste blanc et un cyclomotoriste noir provoque l'intervention des CRS (compagnie républicaine de sécurité). Mais la population qui pensait que l'on voulait assassiner un compatriote réagit brutalement. C'est le début d'une émeute d'une rare violence. Des magasins sont détruits, des voitures sont brûlées, les émeutiers parcourent les rues de la ville pendant trois nuits, les 20,21 et 22 décembre. Les forces de sécurité tirent des rafales de mitraillettes des grenades lacrymogènes contre des manifestants armés de pierres et de bouteilles incendiaires. Les hostilités prennent plus d'ampleur lorsque la population martiniquaise apprend la mort de trois des leurs : Betzi, Marajo, Rosile. Elle dénonce avec virulence le racisme des forces de l'ordre. Malgré des renforts venus de la Guadeloupe les CRS sont submergés.

La classe politique martiniquaise est prise de cours par l'ampleur des évènements. Elle tente de calmer les esprits en lançant des appels au calme à la population. Cette démarche est aussi renforcée par l'Évêque. Ainsi la démarche porte ses fruits et la brutale flambée de violence dénonciation du racisme et de la brutalité des forces de l'ordre retombe. Les derniers manifestants plus déterminés obligent la réunion d'urgence du Conseil Général de la Martinique le 24 décembre qui vote une motion sans équivoque qui reprend les mots d'ordres des manifestants : " retrait immédiat des CRS" et " libération des emprisonnés de décembre" mais surtout des articles du programme du Parti Communiste martiniquais, y compris la modification du statut de la Martinique "en vue d'obtenir une participation des Martiniquais à la gestion des affaires martiniquaises". Mais dès que le calme fût revenu cette motion ne fût jamais appliquée. Il est intéressant de connaître les décisions du gouvernement français de l'époque. L'ordre règne. Le pouvoir céda sur le retrait des CRS, mais les remplaça par des gardes mobiles. Il renonce aussi au croiseur DE GRASSE qu'il avait appelé aux premières heures de l'émeute. Il est remplacé par un cargo "HEVE" qui transporte dans ses soutes le matériel qui manquait aux forces de l'ordre : des mitraillettes, des grenades lacrymogènes, du matériel radio et bien d'autres choses encore. Sur plan politique pour masquer les dérives et désarmer la propagande communiste, il s'empresse de prendre à la hâte des mesures sociales.

- Cette politique prend une autre tournure plus stratégique ainsi trois mesures importantes sont prises par le gouvernement de De Gaulle :
- Plan Némo qui voit la création du Bumidom ou bureau facilitant le départ de nos compatriotes vers la France. Un billet de transport gratuit en aller simple est remis à celui ou à celle qui en fait la demande.
- Création du SMA (service militaire adapté )
- Envoi en Algérie des jeunes Martiniquais du contingent
C'est une période de forte émigration vers la France. .

Etait-ce calculé part le gouvernement ?

Une importante fraction de la jeunesse Martiniquaise quitte le pays. Le gouvernement français fît une chasse aux sorcières dans ses propres rangs. Ainsi il expulsa un de ses plus haut fonctionnaires de l'Education Nationale Alain Plénel jugé trop proche des Martiniquais. Son crime avoir dénoncé les comportements de ses propres compatriotes. Au même moment le parti communiste tenta de donner un prolongement à la motion votée par le conseil Général en décembre. Il convoqua en avril 1960 tous les partis martiniquais à une table ronde, UNR (le parti gaulliste) compris, en vu de discuter sur un projet de statut pour la Martinique et de rédiger un document à remettre au Général de Gaulle lors de sa première visite à la Martinique en 1960. Mais cette visite sonne le glas d'un changement. De Gaulle est acclamé par une foule importante et est donc conforté dans sa position. Il dit " rappeler d'office en métropole, sur proposition du préfet et sans autre formalité tout fonctionnaire en service dont le comportement était de nature à troubler l'ordre public…. La table ronde tourne court. La montagne accoucha donc d'une souris. Ces évènements de Décembre 1959 montrent bien que le problème du statut ne date pas d'aujourd'hui. A travers ces évènements tragiques devons-nous pour autant nous affranchir de notre passé douloureux ? Evidemment non, en aucune manière. L'urgent n'est-il pas aujourd'hui de transcender nos peurs ; de mettre en exergue les véritables valeurs que sont la dignité, la fierté, le courage, l'abnégation, la fraternité et l'amitié ; d'être un peuple debout mais ouvert sur le monde ? Toutes ces valeurs forment l'indispensable base du projet de société de demain qui ne pourra voir le jour que par un indispensable changement de statut.

Ainsi armés, nous pourrons aborder sereinement le XXIe siècle dont l'enjeu ultime sera d'offrir une perspective d'avenir à notre jeunesse qui s'étiole, à nos adultes qui désespèrent, à nos aînés qui se résignent.